La Femme des Lumières

Femmes de lettres du XVIIe siècle qui ont préparé les femmes des Lumières

Elles sont nombreuses en ce XVIIe classique et, comme bien souvent, on n'en connaît que quelques unes, avant tout Mme de Sévigné pour ses Lettres et Mme de La Fayette pour sa Princesse de Clèves.

Elles aussi méritent notre intérêt.

Les intellectuelles du XVIIe siècle ici =>

http://ecrivaines17.canalblog.com/

  

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Objectif du blog

La Toilette, Francois Boucher,1742

Pourquoi le XVIIIe siècle ?

Le XVIIIe siècle est, selon l'expression consacrée, le "siècle des Lumières". Ces belles lumières éclairent l'entendement humain depuis l'Antiquité et ne sont jamais aussi brillantes qu'au temps de Louis XV. Michelet aurait ouvert  un cours au Collège de France par ces paroles : "Le Grand Siècle, messieurs, je veux dire le XVIIIe..."

Tout au long de son existence, l'humanité s'est principalement occupée de son esprit et de son âme. D'où la place que tiennent les lettres, les arts et la religion, instruments majeurs de la connaissance spirituelle.  A la fin du siècle des Lumières, l'Europe parle français, sachant ou sentant que cette langue est la plus apte à explorer l'inconnu.

Certes, le XVIIIe siècle se tourne également vers les sciences et découvre avec enthousiasme la notion de progrès, tant dans le domaine de la science que de la technique.

Mais il restera pour toujours ce siècle de "la douceur de vivre" dont parle Talleyrand, douceur de vivre à laquelle contribuent maintes femmes, célèbres ou non, qui dansent, sans le savoir, au bord d'un volcan.

Personne ne peut rester neutre face au règne de Louis XV car on y voit poindre la Révolution, dont la France est aujourd'hui l'héritière. D'où par exemple le contraste très vif entre les jugements portés depuis plus de deux siècles sur Louis XV et Louis XVI, sur Mme de Pompadour et Marie-Antoinette. 

Siècle intéressant qui, en dépit de son apparence aimable et frivole, est traversé de tensions violentes, de rancoeurs et de haines. Les témoignages d'époque sont marqués, plus fortement que jamais, par des préventions, et certains Mémoires sentent parfois le règlement de comptes. Les pamphlets, utilisés comme moyen de déstabiliser l'autorité royale, multiplient les accusations invérifiables, souvent calomnieuses. On peut donc trouver dans les textes tout ce qu'on veut et son contraire, le meilleur comme le pire et il est malaisé de faire le tri, d'autant que sur le XVIIIe siècle, les documents abondent, les travaux des historiens aussi. 

Ces textes fournissent en tout cas une mine de détails pour celui ou celle qui cherche à retrouver les façons de penser, de sentir et de vivre d'autrefois. Vie quotidienne anecdotique, dirait l'Histoire majuscule. Voire…

"L'Histoire se sert de tout, d'une note de marchand, d'un livre de cuisine, d'un mémoire de blanchisseuse" écrit George Sand dans Histoire de ma vie. Et Taine regrettait que l'Histoire entrât trop dans les salons et pas assez dans les cuisines. Rien n'est insignifiant, ni la mode, ni les anciennes recettes de beauté, ni les us et coutumes. Mais, comme le dit si bien Daniel Roche, "nous ne pouvons juger alors qu'avec les yeux d'alors"...   

Remarque : les textes anciens font partie du domaine public. Il en est des même des illustrations. Si vous jugez toutefois que l'une d’entre elles ressort du domaine privé, je vous prie de m’en informer.

Les citations d’ouvrages récents sont données avec leurs sources. Nul n’est censé ignorer le code de la propriété intellectuelle.

Certains articles de ce blog sont utilisés ailleurs et j'en suis fort honorée dans la mesure où Internet permet la diffusion des idées : la connaissance n'appartient à personne. Mais si vous citez mes réflexions personnelles (cette page par exemple), je vous serais reconnaissante de les mettre entre guillemets avec un lien valide.

Si vous remarquez une faute de frappe, merci de me le signaler.  

Ceci dit, je vous souhaite une belle promenade dans les bois de naguère...

copyright : l'auteur du blog.

fuboc66y

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16-10-14

Mort de Marie-Antoinette, reine de France

Marie-Antoinette à la rose, détailR.I.P.

16 octobre 1793

 

Histoire de Marie-Antoinette, E. et J. de Goncourt, Charpentier, 1878. 

On peut citer ce passage, titré "Marie-Antoinette à l’échafaud".  En dépit du pathos cher aux deux frères lorsqu’ils évoquent le XVIIIe siècle et du style inhérent à l’époque, on frémit en lisant ces lignes. Mais il est bon de savoir que le XIXe siècle voit fleurir une quantité de Mémoires, plus ou moins apocryphes, en tout cas hagiographiques, faisant de Marie-Antoinette une sainte.    

"La charrette sort de la cour, et débouche dans la multitude. Le peuple se rue, et se tait d’abord. La charrette avance, au milieu des gendarmes à pied et à cheval, dans la double haie des gardes nationaux. La reine est vêtue d’un méchant manteau de lit de piqué blanc, par-dessus un jupon noir. Elle porte un ruban de faveur noire aux poignets, au cou un fichu de mousseline unie blanc; elle a des bas noirs, et des souliers de prunelle noire, le talon haut de deux pouces, à la Saint-Huberty. La Reine n’a pu obtenir d’aller à l’échafaud tête nue : un bonnet de linon, sans barbes, un bonnet repassé par elle le matin, cache au peuple les cheveux que la Révolution lui a faits, des cheveux tout blancs. La Reine est pâle; le sang tâche ses pommettes et injecte ses yeux, ses cils sont roides et immobiles, sa tête est droite, et son regard se promène, indifférent, sur les gardes nationaux en haie, sur les visages aux fenêtres, sur les flammes tricolores, sur les inscriptions des maisons.

La charrette avance dans la rue Saint-Honoré. Le peuple fait retirer les hommes des fenêtres. Presque en face de l’Oratoire, un enfant, soulevé par sa mère, envoie de sa petite main un baiser à la Reine… Ce fut le seul moment où la Reine craignit de pleurer.

Au Palais-Égalité le regard de la Reine s’allume un instant, et l’inscription de la porte ne lui échappe pas.

Quelques-uns battent des mains sur le passage de la Reine; d’autres crient.

Le cheval marche au pas. La charrette avance lentement. Il faut que la Reine «boive longtemps la mort ».

Devant Saint-Roch, la charrette fait une station, au milieu des huées et des hurlements. Mille injures se lèvent des degrés de l’église comme une seule injure, saluant d’ordures cette Reine qui va mourir. Elle pourtant, sereine et majestueuse, pardonnait aux injures en ne les entendant pas.

La charrette enfin repart, accompagnée de clameurs qui courent devant elle. La reine n’a pas encore parlé au curé Girard; de temps à autre seulement elle lui indique, d’un mouvement, qu’elle souffre des nœuds de corde qui la serrent; et Girard, pour la soulager, appuie la main sur son bras gauche. Au passage des Jacobins, la Reine se penche vers lui et semble l’interroger sur l’écriteau de la porte, qu’elle a mal lu : Atelier d’armes républicaines pour foudroyer les tyrans. Pour réponse, Girard élève un petit christ d’ivoire. Au même instant, le comédien Crammont, qui caracole autour de la charrette, se dressant sur ses étriers, lève son épée, la brandit, et, se retournant vers la Reine, crie au peuple : « La voilà, l’infâme Antoinette!… Elle est f., mes amis…!

Il était midi. La guillotine et le peuple s’impatientaient d’attendre, quand la charrette arriva sur la place de la Révolution. La veuve de Louis XVI descendit pour mourir où était mort son mari. La mère de Louis XVII tourna un moment les yeux du côté des Tuileries, et devint plus pâle qu’elle n’avait été jusqu’alors. Puis la Reine de France monta à l’échafaud, et se précipita à la mort…

"Vive la République!" cria le peuple : c’était Sanson qui montrait au peuple la tête de Marie-Antoinette, tandis qu’au-dessous de la guillotine le gendarme Mingault trempait son mouchoir dans le sang de la martyre.

Le soir, un homme, son ouvrage du jour fini, écrivait ce compte, que les mains de l’Histoire ne touchent qu’en frissonnant :

"Mémoire des frais et inhumations faits par Joly, fossoyeur de la Madeleine de la Ville-l’Évêque, pour les personnes mises à tort par jugement dudit Tribunal :  Sçavoir :  Du 1er mois………… Le 25, idem.  La Ve Capet pour la bierre [sic] ……6 livres  Pour la fosse et les fossoyeurs……25 [livres]."

La mort de Marie-Antoinette a calomnié la France.

La mort de Marie-Antoinette a déshonoré la Révolution.

Mais il en est de pareils crimes comme de certaines gloires : celles-ci n’ennoblissent, ceux-là ne compromettent pas seulement une génération et une patrie. Gloires et crimes dépassent leur temps et leur théâtre. L’humanité tout entière, associée à elle-même dans la durée et dans l’espace, en revendique le bénéfice ou en porte le deuil; et il arrive que la mort d’une femme désole cette âme universelle et cette justice solidaire des siècles et des peuples, la conscience humaine; il arrive que le remords d’une nation profite aux nations, et que l’horreur d’un jour est la leçon de l’avenir.

Oui, ce jour, dont la postérité ne se consolera pas, demeurera dans la mémoire des hommes l’immortel exemple de la Terreur. Le 16 octobre 1793 apprendra ce que les jeux d’une révolution font d’un peuple hier les amours du monde. Il apprendra comment, en un moment, une cité, un empire, deviennent semblables à cet ami de saint Augustin, entraîné aux combats du cirque, tout à coup goûtant leur fureur et jouissant de leur barbarie.

Le 16 octobre 1793 parlera aux philosophies humaines. Il s’élèvera contre les cœurs trop jeunes, contre les esprits trop généreux, contre l’armée de ces Condorcets qui meurent sans vouloir renier l ‘orgueil de leurs illusions. Il avertira les systèmes de leur vanité, les rêves de leur lendemain. Il montrera le fait à l’idée, les passions aux doctrines, à Salente le bois des Furies, aux utopies l’homme.

Ce jour enfin rappellera l’Histoire à la modestie de ses devoirs. Il lui conseillera un ton plus prudent, une raison plus humble. Il lui enseignera qu’il ne lui appartient point de flatter l’humanité, de la tenter, d’exaspérer ses présomptions, de solliciter ses impatiences, et de l’appeler, en l’enivrant de mots, aux aventures d’un progrès continu et d’une perfectibilité indéfinie."

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21-07-14

Zamor, le page de Mme du Barry

Zamor, par Lemoine (1785)Finalement, Paris offre des contrastes choquants. Les élégants hôtels, les larges artères, les places et les jardins voisinent avec des venelles tortueuses et des bâtisses moyenâgeuses. Les mendiants pullulent et assaillent les passants avec agressivité. Ils sont organisés en une puissante confrérie et font de fructueux bénéfices grâce au trafic d’enfants trouvés ou de jeunes esclaves rapportés d’Afrique ou d’Amérique, que l’on revend aux nobles et aux riches financiers.

En effet, les négrillons et les petits pages noirs font alors fureur chez les femmes à la mode ; les moins doués ou le plus laids sont généralement enrôlés de force comme mendiants ou tire-laine et contraints de satisfaire au quota de rentabilité qui leur est imposé.

Quant à Zamor, le page de Mme du Barry, acheté par Louis XV, on peut lire ici un article intéressant. 

 

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Opinon de Heine sur la peinture en France au XVIIIe siècle

 

Signature de Heinrich Heine

Voici un jugement un peu sévère de Heinrich Heine concernant la peinture en France au XVIIIe siècle :  

“Elle (la peinture) produit un effet déplaisant aves son badinage glacial et ses petits spectacles fanés dans l'enclos d'un boudoir où une jolie créature pomponnée allongée sur un sofa s'évente avec un air frivole. Favart (1), avec ses Eglés et Zulmés, est plus vrai que Watteau et Boucher avec leurs bergères coquettes et leurs abbés idylliques… Les peintres ont été les hommes de cette époque qui prirent le moins de part à ce qui se préparait en France. L'éclatement de la Révolution les a surpris en déshabillé.” (Heine, De la France)

Notes :

(1) Favart ici

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14-07-14

Critique de la société au XVIIIe siècle

On peut regrouper la critique sociétale au XVIIIe siècle selon les cinq axes suivants :

1/ La formation de l’esprit critique

  • Bayle : Pensées sur la comète (1682), extrait => croyances dénuées de sens
  • Fontenelle : Histoire des Oracles (1686), "La dent d’or" => crédulité et paresse d’esprit nous font accepter facilement des événements extraordinaires, sans vérification
  • Montesquieu : Lettres persanes (1721), "Lettre 97" => éloge de l’esprit philosophique

2/ La critique de l’inégalité

  • Montesquieu : Lettres persanes, "Lettre 75" => la morgue des grands (cf. La Bruyère dès le XVIIe siècle dans les Caractères)
  • Diderot : Le Neveu de Rameau  (1762), extrait => éloge ironique (paradoxal) de l’or
  • Rousseau : Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes (1755), extrait => inégalité sociale due à la propriété
  • Beaumarchais : Le Mariage de Figaro (1784), V, 3 : le monologue de Figaro qui dénonce les tares d’une société inégale et hypocrite.

3/ La critique de l’injustice

  • Montesquieu : L’Esprit des lois (1748), "Livre XV" => condamnation de l’esclavage
  • Voltaire : Dictionnaire philosophique (1764), Article "Torture"  => condamnation de la torture
  • Voltaire : Dialogues philosophiques, "André Destouches à Siam" (1766) => l’arbitraire de la justice

4/ La critique du pouvoir

  • Montesquieu : Lettres persanes, "Lettre 37" => portrait de Louis XIV (mort en 1715 ; la Régence est plus tolérante)
  • Diderot : Encyclopédie (1751), article "Autorité politique" => attaque violente contre la monarchie absolue
  • Voltaire, Lettres philosophiques  (1734), "Lettre VIII" => Voltaire vante les mérites du régime parlementaire anglais dans lequel le pouvoir du roi est limité par l’existence d’une assemblée
  • l’auteur incertain de l’article "Paix" de l’Encyclopédie

5/ La critique de la religion

  • Montesquieu : Lettres persanes, Lettre 29 => critique de l’Inquisition
  • Voltaire : Traité sur la tolérance, extrait => prière à Dieu
  • Encyclopédie : article "Christianisme", auteur anonyme

Bien entendu, les femmes restent silencieuse. Il faudra atteindre la Révolution pour qu'elles se fassent entendre.    

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12-07-14

Les traiteurs, ancêtres des restaurants

Un traiteurDès la fin du XVIIe siècle, les nobles mangent pour la première fois "chez le traiteur" (ne pas confondre avec les auberges). C'est un lieu public : on mange dehors pour se faire plaisir, pratique tout à fait révolutionnaire.

Cette nouvelle activité connaît un succès immédiat et entre même dans la littérature : une scène des Mémoires et aventures d'un homme de qualité de l'abbé Prévost (auteur du célèbre Manon Lescaut), se déroule chez le traiteur Fracin. 

A Paris, en 1690, on compte 34 traiteurs : "Aux Bons Enfants" (près du Palais Royal), "A la Galerie" (rue de Seine), "Aux Bâtons royaux" (rue saint-Honoré), "Gerbois" (rue saint-Honoré), "Meunier" (rue du Temple). 

Il faut compter environ 100 de nos euros par personne pour un traiteur haut de gamme, 50 pour un traiteur modeste et 25 pour le moins cher. Mais ces prix ne correspondent à rien : voir ici le coût de la vie au XVIIIe siècle.

Vient ensuite la vogue des restaurants => ici 

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Les asperges de madame de Pompadour

La Botte d'asperges, ManetUn cuisinier inventa-t-il cette recette pour la favorite de Louis XV ? La créa-t-elle elle-même ? On sait qu’elle s’intéressait aux raffinements de la cuisine afin de satisfaire les goûts de Louis XV qui n’hésitait pas à préparer son chocolat ou des œufs sur le plat, à l’abri de ses « petits appartements ».

Voici donc la recette modernisée :  

Ingrédients :

  • une botte d'asperges
  • bouillon de volaille
  • 2 œufs
  • beurre
  • 1/2 citron

Préparation :

  • Faire cuire les asperges dans le bouillon
  • Ne garder que la partie tendre des asperges, les égoutter et les tenir au chaud
  • Faire réduire 1/2 litre du bouillon de volaille en le liant avec 2 jaunes d'œufs
  • Ajouter du beurre.Terminer par le jus d'un demi-citron
  • Verser la sauce sur les asperges.

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La femme, bonne ménagère pour Olivier de Serres dans son Théâtre d'agriculture

Theâtre d'Agriculture et Mesnage des Champs, édition de 1663Olivier de Serres (1539-1619) passa la plus grande partie de sa vie à cultiver son domaine du Pradel (Ardèche). Il fut le premier à introduire en France la culture du mûrier et la cueillette de la soie. 

Son Théâtre d'agriculture eut huit éditions en dix-neuf ans : on raconte qu'Henri IV s'en faisait lire chaque jour des fragments après le dîner pendant une demi-heure. L'ouvrage figure dans toutes les bibliothèques des demeures campagnardes durant l'Ancien Régime.  

Voici sa conception de la femme, bonne ménagère : 

"Le temps passé, quand on voulait louer un homme, on le disait bon laboureur. C'était aussi lors (alors) la plus grande gloire de la femme que d'être estimée bonne ménagère : laquelle louange le temps n'ayant pu éteindre est encore en telle réputation, que celui qui se veut marier, par dessus toutes autres vertus, cherche en sa femme le bon ménage (administration de la maison), comme article nécessaire pour la félicité de sa maison... Plus grande richesse ne peut souhaiter l'homme en ce monde, après la santé, que d'avoir une femme de bien, de bon sens, bonne ménagère. Telle conduira et instruira bien la famille, tiendra la maison remplie de tous biens, pour y vivre commodément et honorablement. Depuis la plus grande dame jusques à la plus petite femmelette, à toutes la vertu du ménager (la science du ménage) reluit, par-dessus toute autre, comme instrument de nous conserver la vie. Une femme ménagère (qui s'entend aux soins domestiques), entrant en une pauvre maison l'enrichit : une dépensière ou fainéante détruit la riche. La petite maison s'agrandit entre les mains de ceste là ; et entre les mains de ceste-ci la grande s'apetisse. Salomon fait paraître le mari de la bonne ménagère entre les principaux hommes de la terre : dit que la femme vaillante est la couronne de son mari, qu'elle bâtit la maison, qu'elle plante la vigne, qu'elle ne craint ni le froid ni la gelée, étant elle et ses enfants vêtus comme d'écarlate (d'une étoffe d'un rouge éclatant et par conséquent d'un vêtement somptueux), que la maison et les richesses sont de l'héritage des pères, mais la prudente femme est de par l'Eternel (un présent fait par Dieu). A ces belles paroles profitera notre mère de famille ; et se plaira en son administration, si elle désire d'être louée et honorée de ses voisins, révérée et servie de ses enfants, si elle fait plus d'état de l'honnête richesse que de la sale pauvreté, si elle aime mieux prêter qu'emprunter, si elle prend plaisir de voir toujours sa maison abondamment pourvue de toutes commodités, pour s'en servir au vivre ordinaire, au recueil des amis, à la nécessité des maladies, à l'avancement des enfants, aux aumônes des pauvres et aux journalières occurrences."

(Olivier de Serres, Le Théâtre d'agriculture et Ménage des champs, livre VIII, chapitre I)

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Alimentation du peuple au XVIIIe siècle

Le jeune Mendiant, Murillo

* A Paris, le menu peuple, au XVIIIe, se sert souvent chez les “regrattiers”, qui achètent les restes de repas aux maisons nobles et bourgeoises, aux couvents et aux communautés religieuses. Sébastien Mercier écrit : “Le quart de Versailles se nourrit de plats servis sur les tables royales.” On détaille ainsi dans les rues, sur les marchés et aux halles les fruits, légumes, œufs et sel. Quel déballage ! On retient le désordre, la saleté, la fraude. Rétif de la Bretonne (Nuits de Paris) observe une gargote où la tenancière, avec ces restes, nourrit en plus d'une heure près de 120 convives installés autour de tables de 30 à 40 couverts ; ils n'ont qu'un quart d'heure pour manger. Rétif y voit des garçons tailleurs, des ouvriers, des menuisiers, des serruriers, des selliers. 

* A la campagne, le journalier, au début du siècle, a un salaire de 112 livres pour l'année, avec 250 jours de travail ; il dépense en céréales (du pain surtout) 53 % de ses ressources. Du reste, il en est de même pour le Parisien : le pain constitue 50 % de sa ration alimentaire. 

* Chez un tisserand rouennais et sa famille, dans le premier quart du siècle, la ration journalière du pain est de 1222 grammes pour le mari, 983 pour la femme et 659 par enfant. Avec le hareng (aliment emblématique des populations portuaires et d'une bonne valeur nutritive) et le fromage, on arrive à 3000 calories pour l'homme, 2000 pour la femme. Ajoutons d'autres féculents, poissons, légumes, parfois de la viande, mais un manque certain de lipides - par rapport aux exigences de notre diététique -. Pour donner un élément de comparaison, songeons que les Demoiselles de Saint-Cyr bénéficient par jour de 4 à 5000 calories (avec beaucoup de viande), une ration de travailleur de force ! Écart significatif des discordances sociales. 

* Chaque terroir a ses habitudes : pain de seigle mêlé à des grains peu digestes, fèves, huile de noix ou de chènevis, piquette, peu de viande, mais des œufs, des chapons, des poules, du lapin, un porc pour les “riches”. En montagne, la diversité est plus grande : lait, bouillies, fromages, une plus grande variété de céréales, d'herbes et de légumes, pommes de terre - “la nourriture des bestiaux et des malheureux” -, les ressources de la pêche et du braconnage. 

* Au XVIIe et tard encore au XVIIIe, la femme cuit les aliments agenouillée ou accroupie, à la cheminée ; les objets culinaires, en nombre réduit, sont rassemblés sur des étagères, dans un empilement ou un désordre apparent. Après les années 1750, les cheminées à foyers multiples sont courantes, le trépied remplace la crémaillère, le fourneau et le réchaud permettent de cuisiner debout ; les objets se multiplient - couverts, faïence, poteries - et sont mieux rangés. C'est une véritable révolution des objets qu'on lit dans les inventaires après décès. 

* Pas de grande famine au XVIIIe, mais les prix du pain, de l'huile et du sel s'envolent. Une exception toutefois, celle du terrible hiver en janvier-février 1709 qui tua en terre les semailles des grains et déclencha, d'une moisson à l'autre, de l'été 1709 à l'été 1710, une famine qui, tout compris, épidémies incluses, vit disparaître 600 000 personnes, soit la population du Paris de l'époque (cité par Leroy-Ladurie dans Saint-Simon où Le système de la cour). 

Remarque : en mai 1789 toutefois, l'ouvrier, qui gagne 30 à 40 sous par jour, doit payer le pain plus de 3 sous la livre. Et on meurt de faim sous la Révolution.

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